#metoo : quoi faire, maintenant ?




L'édito de Mme Evelyne Emeri, dans le journal Le Matin le 31 octobre, a entraîné une déferlante d'insultes à son encontre. 25 ans de métier et la voilà brûlée au piloris pour avoir tenté d'éveiller les consciences. Si certaines maladresses l'ont emporté sur les mots écrits, la vague l'a submergée avant même qu'elle ait pu comprendre ce qui se passait...

Reprenons donc ses termes pour savoir à quel moment on a ressenti qu'elle était passée "du côté de l'ennemi", à savoir les hommes... Parce que le fond du problème est là. Ces êtres vils, qui se branlent quand on regarde la Seine devant le quai d'Orsay ou dans un parc public, qui nous offrent un "plan différent", à savoir, être à moitié habillée (ou déshabillée, c'est selon) dans un véhicule pendant que ses clients font leur petite affaire... Ça ,c'était dans un taxi niçois, il y a moins de 10 ans...

En résumé, les #metoo et #balancetonporc ont la cote depuis quelques petites semaines, sans qu'un jour ne passe avec des révélations nouvelles concernant le monde du cinéma, de la politique ou des nantis. En souhaitant me préserver, je ne suis pas allée sur les pages spéciales décrivant tous les outrages à la gent féminine des personnes ordinaires et je n'ai donc de loin pas la connaissance des messages innombrables quotidiens de ce que "nous", les femmes, avons subi.

Après avoir discuté près de 40 minutes avec cette journaliste, le fond de son article est ressorti. POURQUOI AVONS-NOUS ATTENDU TELLEMENT D'ANNÉES ET CE #METOO POUR COMMENCER À SORTIR CE QUI NOUS EST ARRIVÉ ET ARRIVE ENCORE ? Son titre est là : "Mesdames, vous fallait-il un hashtag?" pour oser sortir de notre silence et décrire notre vécu ? Pourquoi avons-nous attendu si longtemps pour parler de tout cela ?

La réponse est dans le dernier chapitre : "Retroussez vous aussi vos manches. Vous avez peur ? Parlez ! Vous êtes menacées ? Parlez. Tout de suite. Vous laisser abuser et garder le silence, ce n'est pas un manque de courage ou un jugement, c'est oublier votre dignité. Et vous considérer comme une truie. #etçacestnon". Que dit-elle de faux ? Rien, absolument rien. Le seul mot qui a fait déraper cette mise en confiance pour oser faire le pas de parler, c'est le mot "truie"... En relation avec le #balancetonporc, cette comparaison à ces animaux, mettant les femmes dans la catégorie des bestiaux... Le #etçacestnon n'est pas suffisant pour oublier ce mot relatif à une animale et c'est dommage.

1 mot ! Qui annule tout l'encouragement à s'exprimer lorsqu'on se fait agresser, verbalement ou physiquement. Un seul mot, qui fiche en bas tous les conseils avisés ! A mettre en parallèle avec un point essentiel : à qui parler ?

Parce qu'il est bien là, son conseil. Parler. Et l'on sait combien cela fut difficile vu qu'il nous a fallu un effet de masse pour oser balancer notre vécu scabreux sur les réseaux sociaux. Nous portions cette honte d'avoir été "salie" oralement ou physiquement par des gestes inadéquats et nous n'osions pas en parler, même à notre meilleure amie. Cela restait caché et cette journaliste nous demande d'en parler ?

A-t-elle si tort ? Je ne le crois pas. Le problème actuel est que les instances sensées pouvoir nous aider ne sont pas aptes à entendre que nous sommes fatiguées de nous sentir frôlées dans des concerts techno et que nous refusons de devenir des "Michonne avec son katana (TWD)" à couper tout ce qui dépasse... Nous n'imaginons même pas nous retourner pour leur balancer notre poing dans la figure et encore moins leur dire d'arrêter... Pourquoi ? Parce que jusqu'à preuve du contraire, les femmes tabassées font des records dans les statistiques... Alors que les hommes frappés (ça existe, je ne le nie absolument pas !) sont largement en-dessous de la moyenne.

Pour donner un exemple, j'ai appris ce matin par un de mes collègues que sa femme voyageait avec une grande épingle de sûreté dans les transports publics en Inde. Elle eut largement de quoi l'utiliser chaque fois qu'un homme se frottait contre elle. Et heureusement pour elle, ils avaient suffisamment peur d'elle (ou honte...) pour ne pas relancer le débat physiquement. Nous sommes chanceuses, quoique l'on dise, en Europe. Ceci n'excuse pas les attitudes de certains, bien au contraire.

Mais revenons à cet édito tant décrié... "Certaines se sentent déjà harcelées lorsqu'on leur glisse dans la rue un "Madame, je vous trouve jolie".  #cessez !" Et mise en relation avec ce qu'endurent des femmes à l'autre bout du monde... Voilà la première phrase qui m'a fait bondir et pour laquelle j'ai pris mon courage pour envoyer un courriel à Mme Emeri.

NON, un "Madame, je vous trouve jolie" n'est pas un compliment. Je le prends comme une attaque de mon intégrité avec un jugement facile sur mon physique, une entrée non souhaitée dans mon espace vital passant par l'audition. Le "cessez" de vous indigner lorsque vous entendez ça", ce n'était pas acceptable. Même si elle a décrit ce qui arrive ailleurs et qui est bien pire. Dans la tête des centaines de femmes qui ont réagi à cet édito, ce genre de phrases est déjà de trop et une entrée fracassante dans leur intimité. Que feraient-ils, ces mêmes hommes, si on commençait à leur balancer du "Monsieur, je vous trouve joli" ? Sommes-nous, les femmes, à déblatérer haut et fort que le mec qui vient de passer a un joli cul et qu'on aimerait savoir si il a un gros sexe ? (pour rester polie..)

On parle là de différence d'attitudes avec des limites à respecter. Et pour moi, on n'entre pas par la voix dans l'intimité des gens, même pour un "compliment". Les femmes ne sont plus dupes, derrière cette phrase se cache l'envie de pouvoir... aie... non, j'arrête là, pour ne pas entrer dans la vulgarité.

En repensant à tout ça, je me suis rappelée une très jolie histoire qui m'est arrivée à Paris il y a près de 10 ans en arrière. A la gare de Lyon, visite dans un magasin de cosmétiques en attendant l'heure du départ. Un homme arrive vers moi et me tend un petit billet avec quelques mots griffonnés dessus : "Guichet N° 12, pause dans 10 minutes, du temps pour un café ?". Je le regarde, il m'indique avoir juste joué l'intermédiaire. Je passe devant le guichet, voit un jeune tout souriant et j'ai accepté le café. Discussion très sympathique, vraiment, sans ambiguïté ni sous-entendus bien lourds. Juste un moment "à part" dont je garde un très bon souvenir.

Quelle était la différence entre accepter ce rendez-vous avec une  manière de faire spontanée et rigolote ou se faire interpeller dans la rue comme on vend du poisson ? Il m'a donné LE CHOIX. Celui de jeter le petit papier sans en tenir compte, ou d'aller guigner découvrir son visage. Alors que si l'on nous envoie du "Et vous, M'dame...", je suis désolée... Nous n'avons plus le choix et devons subir cette voix, que l'on déteste déjà...

Le #cessez (de vous plaindre) ne pouvait pas être bien interprété et c'est ce qui a enclenché les foudres des féministes de tous bords et réveillé les souvenirs des femmes meurtries. C'est ce qui a fait basculer tout le fond de l'article. Et c'est dommage. Parce que si je continue sa lecture et que je le complète avec ce dont nous avons parlé hier par téléphone, tout est conforme.

"Dites "non" (avec une liste non exhaustive). Le fameux "non", que l'on ne possède pas à la naissance, dont on acquiert la force avec le temps, les expériences... Ce "non" qu'on ne devrait jamais avoir à prononcer si ces "hommes" ne venaient pas nous importuner... Ou comment replacer le débat à sa place : s'ils se tenaient bien, nous n'aurions pas besoin de devoir nous renforcer à devoir poser une armure chaque fois que l'on sort de chez nous.

J'ai repensé au port du voile, que je mets en parallèle (facilement) avec le sujet du jour. L'une des raisons à cet outil vestimentaire est "de ne pas tenter l'homme" par un "dés-habillement suggestif". En résumé, s'ils pensaient moins avec leur petite tête mais qu'ils respectaient obligatoirement toutes les mères, on n'en serait pas là.

Ce "non", on doit le gagner, il m'a fallu 46 ans pour le vivre enfin. Je ne peux donc pas blâmer toutes les femmes, jeunes ou pas, qui n'arrivent pas à se poser sur leurs deux jambes, fermement, et savoir que le "non" prononcé n'est pas discutable. Le "Aguichez, mais ne vous plaignez pas d'être abordées, effleurées, embrassées..." précédant ce "Dites "non", c'était lancer au visage de ces femmes blessées un "c'est votre faute, si vous montrez un décolleté, assumez !". Alors que le fond du problème, c'est que l'on soit libres de nous habiller comme bon nous semble sans avoir peur d'être violées au coin de la rue parce que ces enfoirés ne savent pas se tenir...

Voici les mots qui ont été compris, sans tenir compte des autres. Parce qu'elle écrit également : "Les prédateurs respirent votre hésitation, votre ego (fragile), votre désir (ou pas), votre honte. Cette même honte qui enterrera vos mots et l'exaction subie". Ces mots-là, ils sont exactement dans mon vécu. Ils sont JUSTES ! Ils complètent la tirade précédente, mais sans qu'ils aient pu être entendus.

Oui, ces prédateurs savent quand nous ne sommes pas sûres de nous, flairent nos faiblesses et en profitent. Jusqu'au jour où nous nous réveillons d'avoir été sifflées dans la rue, agressées verbalement ou physiquement, violées et là... Ce "non", on peut le dire. Et notre regard sera suffisamment puissant pour qu'ils n'imaginent même pas nous toucher ou nous redire un mot. Ils se tourneront alors vers d'autres victimes en puissance pour tenter leur "chance"...

Voilà l'édito. J'ai lu quelques remarques, j'ai réagi en écrivant un courriel auquel cette journaliste m'a répondu très rapidement pour ouvrir le dialogue. Nous avons terminé notre entretien téléphonique par : "Et maintenant, quoi faire de cet élan de ras-le-bol ? Comment faire pour que cela s'arrête ? Demander une période de cours par semaine dans les écoles de la première enfantine jusqu'à la fin de la scolarité ? Former les policiers à ne pas seulement courir après les dealers mais au fait que nous puissions rapidement, dans les rues, les appeler pour interpeller les malotrus qui nous assomment de leurs phrases bien lourdes de sens ?"... Ce ne sont que deux pistes, il doit y en avoir d'autres. Et tant que les hauts-placés ne trouveront pas grave que l'on nous saoulent dans la rue, on n'avancera pas...

Les hommes, quant à eux (et je n'ai que ça dans mon entourage professionnel) trouvent ce battage très bruyant. Et vous savez quoi ? Je vais me permettre une comparaison très haute en couleurs... Ces gros lourds qui nous balancent leurs trucs salaces, ce sont les kamikazes de la gent masculine. Parce que pour 3 tarés dans nos vies, on éloigne les 10 autres qui sont sympas, réglos et cools. Ça, ça porte à réfléchir... Parce qu'ils ne savent plus comment créer un contact sans se faire passer pour de "gros porcs".

En résumé et il faut bien que je termine... Cet article comporte du bon, du moins bon, de l'excellent pour nous encourager à trouver des solutions. Le réveil se fait, à nous de nous unir pour que ce "droit de cuissage" (oral ou physique) se termine. Pour qu'enfin, le rôle méritant de la femme ne soit pas seulement celle d'être jolie et baisable. A nous de savoir dire "non". Et plus nous serons, moins ils oseront ! Et vous, les mecs... Si dans vos amis vous savez que certains sortent des trucs pas cools... Remettez-les gentiment à l'ordre. Nous ne le faisons pas, ce serait bien que vous arrêtiez...

Sans rancune ? :-)

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