Au nom de toutes les femmes...

Voilà, ENFIN, la grâce présidentielle a sorti Jacqueline Sauvage de sa cellule. Quand j'ai lu le fil d'actu, comme un lâcher-prise, parce que son combat était en quelque sorte, mon combat, et celui d'autres femmes proches que je connais... Je n'ai pas pu retenir mes larmes...

Au nom de toutes les femmes, ce qu'elle a subi ne devait pas être puni plus longuement.

Certes, nous n'avons pas en mains tous les éléments : constats médicaux, alertes auprès des services divers, témoignages des voisins et j'en passe. Mais de par mes expériences, je peux confirmer que la plupart du temps, ce n'est pas la peine de se manifester pour que des actions de protection se mettent en place.

Et n'en déplaise à Me Florence Rault, avocate, qui s'est permis d'écrire un torchon mélangeant "justice et féminisme" dans Le Figaro de ce matin (http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/01/29/31003-20160129ARTFIG00268-affaire-sauvage-ne-pas-confondre-justice-et-feminisme.php).

Heureusement, d'autres magistrats sont plus lucides, tel celui-ci : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-29-decembre-2016.

S'il n'y a pas justice, justement, les voix se lèvent pour manifester et faire avancer des lois propres à protéger TOUS les citoyens. Le nombre de féminicides (et non "simples drames familiaux") en France s'élève à 119 depuis le début de l'année. 36 en Suisse l'année dernière, des mecs qui pètent le câble par jalousie ou autre et tuent leurs compagnes ou leurs enfants, c'est selon. Parfois leur suicide vient même compléter le tableau, empêchant la "justice" de faire son travail. Proportionnellement, et dans le sens contraire, on arrive à 1 cas tous les 3 ans, en moyenne...

Ce matin, également, un article pertinent sur un blog avec les 10 points expliquant "pourquoi elles restent" alors que... (http://www.ilsnoustuent.org/pourquoi-elles-restent/) Je vous invite à le lire si vous le souhaitez.

10 points, que je peux quasiment redonner avec mon expérience personnelle. Parce que cela "arrive tout près de chez vous" et vous ne le savez pas...

Attention : je ne mets pas tous les hommes dans le même panier. C'est d'ailleurs ma cohabitation avec des collègues exclusivement mecs qui m'a permis de ne pas haïr la gent masculine. Parce qu'ils ne sont pas comme ceux qui m'ont frappée, abusée et violée..

Les mots sont lâchés...

Lorsque les injures ou les coups pleuvent, on se dit que ça passera. On pense même qu'on a dû faire quelque chose de faux pour mériter ça... 1.79 m, poids moyen 80 kg, quand j'ai reçu des coups, je suis restée inerte, sans force, alors qu'il était bien plus petit que moi et plus léger...

Ecrire ces mots, se rappeler, revoir les scènes, comprendre que cela fait partie de mon vécu, que la résilience m'a fait oublier le viol qu'il m'a fait subir par vengeance quand je lui ai dit que je voulais divorcer... Parce que voilà, comme spécifié dans l'article : "La violence ne s'arrête pas à la rupture. Dans la majorité des cas, c'est la séparation qui est un prétexte à l'homme violent pour commettre l'acte de prise de contrôle ultime : le meurtre.". Dans mon cas, ce fut le viol.

Pour Jacqueline Sauvage, cela dura des années, sur elle, sur leurs filles. Sans qu'aucune institution digne de ce nom fasse son travail. Parce que l'on a honte, on n'ose pas en parler. J'ai même entendu de la part de ma belle-mère, suite à ce qui m'était arrivé : "Mais, il n'y a pas de viol entre gens mariés !"...

Sauvée par ma grand-maman qui m'a accueillie chez elle, la police a fait son job suite à un mot de menaces de représailles sur mon pare-brise (aller chercher son fusil d'assaut en évidence dans la cuisine, chargeur dans un tiroir, prêt à être utilisé... tout en me répondant qu'ils ne pouvaient rien faire tant qu'il ne m'avait pas frappée à nouveau...). Je l'ai appris près de 20 ans plus tard, lorsque cet homme a fini par retrouver où j'habitais. Parce que pendant des années, j'ai dû me cacher, ne pas faire apparaître mon numéro de téléphone dans le bottin et j'en passe... Et durant la dernière conversation téléphonique, il osait encore me dire que ce qu'il avait fait était "normal", que sa jalousie démonstrative indiquait tout l'amour qu'il avait pour moi...

Pour une amie proche, les voisins qui n'avaient pas bougé malgré ses hurlements. Constat médical, photos, plainte pénale, elle paie encore aujourd'hui les dettes financières contractées durant leur mariage sans qu'il n'ait été inquiété par une quelconque peine carcérale...

Pour d'autres, ces problèmes de santé récurrent à des chocs émotionnels... Ignobles, en sachant que les coupables courent toujours...

Quand dans ma dernière expérience, un policier m'a demandé de nous mettre en sécurité, notre fille et moi, suite à la déclaration reçue au commissariat, et que j'ai été expulsée de mon logement pour avoir "enlevé notre enfant" sans que ce même policier n'ait pu être entendu : que voulez-vous que je pense de notre justice ?

Certes, je n'aurais pas tué... Il n'y avait pas de communes mesures avec ce qu'a subi la famille Sauvage dans son ensemble. Mais quand la police fait son job et que c'est dénigré par les instances judiciaires, que cela continue, à un moment, on peut craquer... Pour sauver ses enfants. Parce que les SOS n'ont pas été entendus et que rien n'a été mis en oeuvre pour protéger les victimes.

Il est demandé à toutes femmes martyres de se taire. Parler nous porte préjudice ou ne sert à rien, parler peut même nous mettre encore plus en danger.

Et que l'on ne vienne pas me parler d'hommes battus... OUI, cela arrive. Mais au niveau des statistiques, je suis désolée : les femmes sont proportionnellement beaucoup plus atteintes et la morale du "ben, elles n'ont qu'à partir" lu et relu dans les commentaires suite à la libération de Mme Sauvage, je ne peux plus l'accepter.

Parce que lorsque l'on vit ce genre de situations, en reprenant les 10 points de l'article susmentionné pour vous donner des détails, ce n'est pas si facile que cela. Quant aux femmes qui osent ramener leurs sabots en jugeant les actions de celles qui ont été frappées, sans même entrer dans un 0.3 % d'empathie, je ne peux que leur souhaiter... de le vivre un jour. Pour qu'elles comprennent. Qu'elles vivent de l'intérieur cette peur, ces coups et qu'après, elles puissent corriger ce qu'elles avaient osé émettre tout haut en pâture face aux victimes...

L'être humain est malheureusement ainsi fait, et ça sera ma conclusion. Tant que l'on n'a pas vécu ce qu'une personne vous raconte, ce n'est même pas envisageable de le comprendre.

Seuls les gens avec un cœur peuvent alors s'aligner sur les émotions transmises, les peurs, les douleurs... Même sans avoir dû le vivre.

A quand des cours sur l'empathie dans les écoles ? Parce qu'il devient urgent que l'être humain change, à tous les niveaux !

https://www.youtube.com/watch?v=Zflc5Zuyx24

Stromae : Dodo....................... Etrange, il passe justement au moment où je veux clôturer cet article......

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